La fructueuse activité intellectuelle des gens les plus habiles tire sa force du savoir commun que nous partageons tous. Jusqu'à un certain point, l'homme intelligent ne peut jamais dépasser les limites de l'héritage de culture dans lequel il vit. Quand des gens intelligents s'enorgueillissent de leur propre isolement, nous pouvons nous demander après tous s'ils sont vraiment intelligents. Nous études mathématiques sont en train de nous démontrer que si la culture d'un peuple perd le contact avec la vie quotidienne de l'humanité pour devenir exclusivement la distraction d'une classe oisive, elle prend une forme métaphysique qui la conduit finalement à la superstition. S'enorgueillir d'une telle rupture de l'esprit avec la vie commune de l'humanité et dédaigner le grand devoir social de l'éducation est aussi vain que stupide. C'est la fin de tout progrès intellectuel. [...] Le monde occidental est peut-être sur le point de sombrer irrévocablement dans la barbarie. S'il échappe à ce sort, les hommes et les femmes désœuvrés dont nous parlons regarderont la démocratisation des mathématiques comme un pas décisif dans l'avancement de la civilisation.

-- Lancelot Hogben, Mathematics for the Million, 1936.